A Mame

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Montage et illustration : Knowdys Cameroun

Copyright : Mathias Mondo

Éditeur : BoD-Books on Demand GmbH,

12/14 rond point des Champs Élysées, 75008 Paris, France

Impression : BoD-Books on Demand GmbH, Norderstedt, Allemagne

ISBN : 978 -2-322-02167-3

Dépôt légal : Décembre 2015

Du même auteur

PRÉFACE

PRÉFACE

Préoccupation majeure des philosophes depuis Aristote, la quête du bien-être apparaît au fil du temps comme l’essence de l’existence humaine. Déjà, dans la légende chrétienne du « Jardin d’Eden » retranscrite dans Bible, Adam et Ève troquent un bien-être absolu [paradis] pour un bien-être relatif [consommation du fruit défendu]. Ce scénario, révélé dans la Genèse biblique de l’humanité, souligne tout à la fois les caractères fondamental et personnel de la question. D’emblée, la théorie du micro-bien-être de Mathias Mondo, selon laquelle « le bien-être résulte de la régulation d’une fréquence d’affects spirituels et d’une intensité d’affects matériels dans un contexte environnemental donné », revêt une dimension capitale pour la suite.

Au cours des années, le bien-être s’est peu à peu déplacé de la sphère philosophique vers le terrain scientifique. Un nombre impressionnant de recherches académiques a ainsi été publié sur le sujet, permettant une meilleure compréhension de l’objet et du dynamisme du bien-être dans l’espace et dans le temps. Cette abondante littérature n’est cependant pas sans soulever quelques questions : le bien-être est-il vraiment absolu ? Est-il le même pour tous et en tous lieux ? Est-il objectif ou relatif ? Est-il synonyme de richesses matérielles ? Peut-on le mesurer ?

Mondo s’engage donc dans une entreprise polysémique et polémique, à bien des égards, et emprunte une trajectoire dont l’effet final recherché est, écrit-il, « de réduire le fossé d’incompréhension entre l’expert convaincu de son savoir et le citoyen dont l’expérience de la vie est en décalage complet avec ce que racontent les chiffres. » C’est typiquement le cas, en Afrique, où 5.5 % de croissance économique, en moyenne annuelle, durant 15 ans, et une batterie de traitements de « bonne gouvernance », administrés par les institutions financières de Bretton Woods, n’ont pas procuré le bien-être escompté aux Africains, si l’on en croit les indicateurs de l’OCDE1.

Solidement documenté, l’ouvrage de Mondo célèbre les noces de la théorie et de l’enquête de terrain à l’autel du Big Data, confrontant les indicateurs et réconciliant spontanément microcosme et macrocosme. Parmi les critères de différenciation de sa contribution, figurent en bonne place le fait d’avoir conduit une enquête à un niveau individuel, aux fins de générer un outil de décryptage de divers profils d’organisations, et celui d’avoir proposé une définition de l’objet du bien-être allant du général [la cité] au particulier [le travail]. Pour bien apprécier cet heureux aboutissement, il convient de remonter, fût-ce brièvement, le fil de quelques apports philosophiques et/ou scientifiques parmi les plus marquants sur le territoire du bien-être.

Déjà, en 1772, dans La Bégueule, Voltaire avance que « rien n’est plus périlleux que de quitter le bien pour vouloir être mieux. » Mais n’est-il pas dans la nature humaine de toujours viser mieux, comme au jardin d’Éden avec la dégustation de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » ? Le bien-être ne sert-il pas qu’à désirer plus, sans limite ?, interroge Giono en 1963. Dès 1781, le juriste anglais Jeremy Bentham élabore justement une philosophie utilitariste qui évalue les mérites d’un acte en fonction du bonheur qu’il procure à celui qui le pose. Son calcul du bonheur réside dans l’équilibre de 12 douleurs [douleurs des sens, de la maladresse, etc.] et 14 plaisirs [les plaisirs de l’amitié, de la richesse, etc.]. Le seul objectif ou but de l’homme, écrit-il, est « de rechercher le plaisir et d’éviter la souffrance ». À ses yeux, le rôle du droit est de créer les conditions qui offrent le maximum de liberté aux individus afin qu’ils puissent rechercher le plaisir et donc atteindre le bien-être. Mondo épouse cette thèse en revêtant sa démarche de cartésianisme pragmatique au sens où, écrit-il, Descartes « recommande à l’individu de changer et d’adapter ses désirs au monde afin de pouvoir réellement les assouvir compte tenu de la difficulté de changer le monde de manière à ce qu’il réponde à toutes ses attentes et assouvisse ainsi tous ses désirs. »

Durant le siècle des Lumières, les penseurs cherchent à remplacer les règles fondées sur la religion par des processus rationnels et des normes scientifiques applicables aussi bien à la prise de décision qu’à la vie courante. La préoccupation principale des économistes classiques - les plus plébiscités sont : Adam Smith et David Ricardo - est d’accroître la production industrielle. Cette posture, qui se justifie à l’époque en Europe, ne se justifierait-elle pas au début du XXIème siècle en Afrique où les besoins fondamentaux ne sont pas assurés pour le plus grand nombre ?

Mondo ne semble pas de cet avis. Il apparaît davantage proche des thèses dominantes du XIXème siècle. Toutefois, bien qu’une certaine unanimité se dessine, à cette époque, par le fait que pour Balzac, en 1831, « le but de la société est de procurer à chacun le bien-être » - et que l’art de gouverner revient, selon Girardin, en 1867, à accroître celui du peuple - force est de constater que la conscience ne suffit plus. En 1892, Barratin invite à y ajouter le capital. Dans Les douze douzains du négoce, René Lobstein écrira à ce propos : « avant de divorcer, examine bien si ton divorce laissera ta richesse intacte. S’il doit la réduire, abstiens-toi. Mieux vaut être cocu que pauvre.»

Bien qu’il fût difficile de comparer le plaisir et la douleur de deux individus, à la suite d’une même action, certains économistes poursuivirent la recherche dans cette direction en insistant principalement sur le prix que les gens étaient prêts à payer pour être heureux. Ce mouvement connut son apothéose en 1930 avec la tentative de Paul Samuelson de traduire l’économie sociale en termes purement mathématiques. Dans son sillage, Simon Kuznets et Richard Stone développèrent un système de comptabilité nationale d’où dérivèrent le Produit National Brut [PNB] et le Produit Intérieur Brut [PIB]. Après la Grande Guerre, le PNB fut adopté par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international comme l’indicateur de référence de la croissance économique. Au fil des ans, il devint, avec le PIB, l’unité principale de mesure de la richesse et du bien-être des nations, en lieu et place des victoires militaires d’autrefois.

Plusieurs éléments de valeur, tels que la joie, l’amitié ou la foi dans un avenir meilleur, ne sont pas intégrés dans la richesse des nations, bien qu’on puisse les mesurer via des indicateurs. Dans les années 1980, Amartya Sen est l’un des premiers à amorcer la distinction entre les « produits » qui apparaissent sur les calculettes du PIB et les « capacités » qui sont par trop vagues et imprécises pour y figurer. Après quelques années de recherche, il réussit l’une des tentatives les plus abouties pour supplanter le PIB, arguant de la quantophrénie des statisticiens qui ont toujours préféré traiter les biens et services facilement appréciables et dont les prix sur le marché peuvent être estimés. À contrario, des services tels que la médecine traditionnelle et autres activités informelles, qui représentent plus de 45% de l’économie africaine, ne sont pas comptabilisées.

Le cas des États-Unis est tout aussi éloquent. Le « bien-être » de la population y a longtemps été mesuré en termes économiques. Mondo parle de « bien-être objectif ». Mais la littérature de recherche exemplifiée par une équipe conduite par Campbell en 1976, indique que, entre 1957 et 1972, alors que les indicateurs économiques et sociaux du pays suivaient une tendance haussière, la proportion de la population qui se décrit comme « très heureuse » suivait, quant à elle, la courbe inverse, en particulier parmi les ménages à plus hauts revenus. Les mesures subjectives en ont profité pour prospérer, notamment sur les terrains de la qualité de vie, de la satisfaction dans la vie, et du niveau de stress, pour décrypter et donner du sens au phénomène observé. Mondo met un terme à la subjectivité des instruments de mesure de la qualité de vie des salariés d’une entreprise et plus généralement des citoyens. Après avoir poussé l’investigation jusqu’à la « destruction créatrice » prônée par l’économiste britannique Joseph Schumpeter en 1942, il opérationnalise des concepts tels que le « bien-être subjectif » ou le « bien-être psychologique » et leurs parents qui, de son point de vue, « ne couvrent que des dimensions parcellaires du bien-être au travail. »

Co-fondateur de l’économie du bien-être, Richard Easterlin a convoqué les discussions sur la mesure du bien-être dans sa discipline en soulignant que les résultats des sondages de bien-être national ne sont pas en corrélation avec le revenu par habitant. Dans un article paru en 1974 sous le titre - Does economic growth improve the human lot ? Some empirical evidence - Easterlin montre que les gens riches sont généralement plus heureux que les pauvres dans le même pays. Mais les nations les plus riches ne sont pas nécessairement plus heureuses que les plus pauvres. Et à partir d’un certain seuil, poursuit-il, la hausse des revenus au fil du temps n’a pas réussi à augmenter le bien-être. Adossée aux prémices du Big Data des années 40, dans les pays développés et émergents, la mise en évidence qu’une hausse du PIB n’entraîne pas nécessairement une hausse du niveau de bien-être ressenti par les individus, donnera naissance au « paradoxe d’Easterlin ». Ce dernier inspirera la création d’un indicateur statistique : le « bonheur intérieur net » [BIN].

Ces travaux coïncident avec l’avènement du roi Jigme Singye Wangchuck au Bhoutan qui fonde sa gouvernance sur la quête du « bonheur national brut » [BNB]. Un entretien au Financial Times en 1987 braque les projecteurs sur le pays et contraint le roi à devoir transformer le BNB en quelque chose de mesurable. C’est ce que réalise Mathias Mondo dans cet ouvrage. Il ne réfute pas le paradoxe d’Easterlin, à l’instar des économistes Betsey Stevenson et Justin Wolfers pour qui, en 2008, rien ne prouve que la croissance des revenus ne génère pas plus de bien-être, mais complète la théorie en la nourrissant d’éléments pratiques, concrets, mesurables. La recherche empirique ayant, à tort ou à raison, montré que seul ce qui est mesurable peut être géré (sic !)

Mondo contribue ainsi, de manière significative, au courant d’expansion des mesures de performance qui conduisent à définir de nouvelles priorités en matière de gestion comme l’indique Meyer et Kirby en 2012. Il pose d’abord la question sur le plan théorique, même si anticiper l’état de bien-être d’un individu semble quasiment mission impossible, du moins à l’état actuel de la littérature de recherche. Il y répond, par la suite, d’un point de vue pratique, avec un instrument de « contrôle » de l’incertitude du décideur et, partant, un régulateur des pouvoirs informels au sein des entreprises. Les guillemets sont de l’auteur et rendent compte de sa prudence devant d’éventuelles erreurs d’interprétation.

Mondo prévient de la multidisciplinarité et de l’interdisciplinarité du sujet, sans pour autant s’enfermer dans la sphère des sciences de gestion. Les concepts et les méthodologies propres aux sciences économiques, écologiques, politiques et juridiques, ainsi que les compétences transversales sui generis occupent, chez-lui, une place de premier plan. À l’arrivée, ses préconisations débordent sur les mesures de qualité de vie et ouvrent une brèche sur une discipline émergente et plus globale : l’économie écologique et équitable. Cette dernière intègre, outre la lutte contre les inégalités et la satisfaction pour tous les besoins humains essentiels tels que la lutte contre le changement climatique, la préservation des ressources naturelles et de la biodiversité, ainsi qu’un cadre démocratique d’élaboration des politiques publiques. La question posée par Serge Bouchard en 1994 reste d’actualité : peut-on être joyeux dans un monde où le bien-être est un devoir ?

En tout état de cause, les livrables de Mondo aideront les gouvernements, les organismes internationaux et les entreprises à replacer l’individu au centre de l’économie et à minimiser l’impact négatif des décisions macroscopiques sur le bien-être des citoyens. Au surplus, ils permettront aux statisticiens et aux décideurs de parler le même langage grâce, notamment, à la mise en adéquation des indicateurs économiques de bien-être. L’apport de Mondo est d’autant plus décisif, ici, que sa trajectoire aide à changer le logiciel de mesure du bien-être. Il invite, dans le même temps, à mobiliser un autre prisme d’analyse sur des critères différents d’organisation sociale et de mesure des performances économiques. Le foyer d’innovation actuel offre un processus participatif d’amélioration du bien-être du citoyen et des politiques publiques. Ce faisant, l’auteur invite à passer du « Doing good to look good » au « Doing well by doing good. »

Les managers de grandes organisations trouveront, dans cette machine à démocratiser le bien-être au travail et dans la cité, une solution d’optimisation du bien-être personnel permettant à la fois de le mesurer de façon régulière, de communiquer de manière différenciée des résultats confidentiels, en temps réel, et de prendre les décisions idoines dans sa gestion écologique. Sentant poindre la critique des « tableaux de bord2 », l’auteur délivre une plateforme logicielle intuitive, tout en finesse, qui tranche positivement avec les outils de la même famille.

« L’argent ne fait pas le bonheur », mais il sert à mesurer le bien-être. Si les résultats de cet ouvrage devaient apparaître coûteux à implémenter, Mondo suggère de calculer le coût d’opportunité du mal-être de manière à mieux objectiver les liens entre les facteurs du bien-être et de la performance. C’est un travail de qualité, rendu par un chercheur de qualité, sur la qualité de vie.

Guy Gweth

Fondateur de Knowdys Consulting Group

Professeur Associé à l’Ecole Centrale Paris


1 Organisation de Coopération et de Développement Economique qui regroupe pas moins de 30 pays

2 L’expression est utilisée 78 fois, contre 29 pour « bien-être », dans l’étude commandée en 2009, par Nicolas Sarkozy, sur les alternatives au PIB, à Amartya Sen, Joseph Stiglitz, et Jean-Paul Fitoussi.

L’ENJEU DU 21ème SIÈCLE

« Le bien-être est un équilibre instable entre la satisfaction des besoins matériels et la satisfaction des besoins spirituels de l’individu. Il est évalué dans l’exercice d’une activité volontaire intellectuelle ou physique ayant vocation à produire une réalité socio-économique ».

Dr. Mathias Mondo

La question du bien-être au travail est fondamentale parce qu’elle s’applique autant aux aspirations individuelles qu’aux enjeux collectifs. Comment s’assurer de l’impact des décisions hiérarchiques sur le bien-être des individus ? L’entreprise obtient-elle de bons résultats ? Le personnel vit-il bien ? Les employés sont-ils heureux dans la vie ? Ont-ils la qualité de vie au travail qu’ils désirent ? Traiter du bien-être au travail, c’est articuler sur l’économique, sur le social et sur le sociétal ; c’est montrer la relation entre l’actualité, la sociologie du problème et son anthropologie ; c’est proposer une grille de lecture opérationnelle du bien-être et enfin, c’est d’exemplifier sa mise en œuvre et les stratégies associées.

Le pari des experts

L’articulation de l’économie repose sur la valorisation de l’actif immatériel du bien-être au travail, la démonstration de son coût d’opportunité et une mesure adaptée des performances associées. Un traitement approprié du bien-être au travail nécessite d’apporter la preuve d’une certaine pertinence au niveau du milieu social concerné. En effet, il n’est pas rare d’observer des tentatives de solutions tellement étroites sur ce sujet que leur contribution sociale et leurs pratiques avoisinent le zéro. On peut par exemple citer la recette du mieux vivre de l’OCDE ou les outils de prévention mis en place par Ministère Français du Travail de la Solidarité et de la Fonction Publique. Paradoxalement, ces indicateurs et outils se révèlent plus être des indicateurs d’analyse ex-post, c’est-à-dire a posteriori. Le bien-être au travail est couvert ici sur la base d’une diversité d’enjeux. Par conséquent, se poser la question du bien-être au travail n’est pas une démarche neutre. Cette question qui reste assez fondamentale, est articulée à notre propre processus de société moderne. Cette modernité se matérialise par l’accès des individus au bien-être. Le bien-être au travail reste de ce point de vue, un droit inscrit dans l’article premier de la Déclaration qui précède la Constitution de 1793, qui postule en somme que le but de la société est le bien-être commun, dont le gouvernement est le garant. Pris en tant qu’actif immatériel, l’apport au bien-être et à la qualité de vie au travail se présente ici de façon honnête. En d’autres termes, c’est un coût d’opportunité qui donne à voir tout ce qui a été réalisé. Mais, il est également un indicateur de tout ce qui reste à réaliser dans le domaine du bien-être et de la qualité de vie au travail. De ce point de vue, cet ouvrage présente un intérêt majeur pour l’atteinte des objectifs de performance tant dans l’univers professionnel que dans celui de la recherche vis-à-vis du bien-être au travail. L’atteinte de ces objectifs répond à une optimisation de la rentabilité des ressources investies pour le bien-être au travail et à la réussite des OMD 3 . Cependant, dans sa volonté de compréhension des facteurs qui expliquent le bien-être au travail, le lecteur passe parfois de l’intuition à la confusion la plus totale. C’est un processus tout à fait naturel qui nécessite une maturation qui, en plus, est aidée par ses différentes expériences. La confrontation de l’intuition avec la littérature de recherche est une source d’enrichissement des connaissances sur le bien-être au travail. Progressivement, elle permet au lecteur d’arriver à une stabilisation de la question qu’il cherche à solutionner et au décideur de mettre en place les stratégies les plus appropriées tant, sur le plan collectif que sur l’aspect individuel.

D’un point de vue social, dès le 18e siècle, certains grands penseurs à l’instar de Louis Antoine Saint Just, revendiquaient déjà le droit au bonheur, comme étant une idée neuve. Cette vision du monde s’oppose à la présence de phénomènes aussi détestables que les suicides au travail. Ce livre est un plaidoyer pour une société où, on ne se contentera plus simplement de vivre, voire de survivre mais de se faire plaisir. Au surplus, il invite à évoluer dans un univers où, en plus, le citoyen sera libre d’exiger ou non, d’avoir du plaisir et pas seulement de manière extraordinaire. L’on se situe ainsi au cœur d’une question centrale. Le bien-être au travail est un idéal parfois, très largement piétiné depuis notamment la révolution industrielle. Historiquement, des gens qui connaissent du plaisir côtoient aussi bien des citoyens que des non citoyens qui rencontrent beaucoup de souffrance. Tout ceci rebondit au cœur de la société. La question du bien-être est absolument centrale pour l’Etat, pour les entreprises, pour les organisations, pour les écoles et bien entendu pour les institutions de management. C’est dans ce cadre que ce livre est instrumenté. Il a un souci de proposer quelque chose. Il questionne et articule les actions des managers. De ce point de vue, cette tentative est féconde pour les ressources humaines et encore plus, pour les stratégies organisationnelles. Sa mise en application peut aussi permettre d’interroger et de réinterroger le concept de bien-être au travail. Elle offre une occasion supplémentaire de travailler, d’une façon fructueuse, en collaboration avec des praticiens et surtout de socialiser d’autres chercheurs pour avancer encore d’un cran sur ces questions concernant le bien-être au travail. La fertilisation croisée des deux univers [les théoriciens et des praticiens] peut en outre, servir de référentiel utile aux comparaisons qui ont lieu au niveau des postes dans les entreprises. Pour illustrer, on peut noter que certaines organisations indexent la part variable du salaire sur un résultat spécifique. Une des questions que pose ce livre est de savoir si le fait d’aligner l’hétérogénéité des attentes du personnel sur une variable agrégée de performances de l’entreprise, n’est pas plus qu’un mode de contrôle inadapté. Ce mécanisme salarial s’assimile plus à un contrôle politique ou par jugement, qu’à une démarche objective de routine pour le personnel. Cette pratique est génératrice d’incertitude. Elle reste un foyer de déstabilisation du bien-être au travail. Par exemple, qu’est ce qui conditionne le bien-être au travail ou la satisfaction au travail d’un agent commercial ? Il est courant de penser que les commerciaux ne sont nourris que par l’appât du gain. Ce n’est pas forcément le cas. Ils peuvent aussi, de façon ludique, juste être motivés par le fait de gagner, par le fait de convaincre et par le fait de bien faire leur travail. Ensuite, qu’est ce qui génère le bien-être d’un ingénieur ? Si ces personnes partent parfois du travail tardivement alors que rien, ni personne, ne les y oblige, c’est bien souvent parce qu’elles cherchent à trouver l’incrément de réglage de leur machine ou encore, à obtenir un certain degré de précision dans leur programme informatique. Cela peut les rendre au final heureux. Quand ils parlent de la découverte qu’ils ont faite en ajustant tel ou tel paramètre grâce à leur oscilloscope, cette trouvaille semble utile à leur bien-être. Cette optimisation à laquelle ils sont parvenus, était largement suffisante à leur bien-être. Ceci introduit la notion de la nature idiosyncrasique [propre à chaque individu] de l’importance du bien-être et de l’autonomisation des acteurs.

Pour bien comprendre les facteurs de bien-être au travail, ce livre montre l’intérêt de séparer un dictionnaire des thèmes théoriques qui vient de la littérature et un dictionnaire des thèmes empiriques qui vient du terrain. L’on peut ainsi les confronter pour aboutir à un questionnaire avec saturation thématique, en d’autres termes, on arrête de chercher de nouveaux facteurs de bien-être dès qu’on n’en découvre plus. Dans ce livre, tous les thèmes identifiables sont explorés. À ce titre, l’opinion publique influence la gouvernance de l’entreprise à travers une bataille d’indicateurs. En réponses aux attentes de ladite opinion publique vis-à-vis de la compréhension des facteurs du bien-être au travail, la démarche de recherche des clés du bien-être est expliquée en annexe. Elle part d’une idée initiale pour arriver à autre chose. Elle confronte cette intuition avec le travail des chercheurs qui ont précédé ce livre. Cela fait à peu près 70 ans qu’il y a une recherche en sciences de gestion qui est à peu près de qualité scientifique. Il y a plusieurs millions d’articles de recherche qui ont été publiés par des personnes qui appartiennent à des milieux scientifiques tout à fait différents les uns des autres et provenant de traditions toutes aussi différentes qui tiennent compte de l’importance et de la majesté scientifique de la recherche d’une gouvernance idoine du bien-être au travail. La quête du mode de gouvernance optimal du bien-être des entreprises, est un énorme travail qui ne peut pas se faire facilement. Elle revient quasiment à l’apprentissage d’une langue étrangère qui est la langue de la recherche. Ce livre est rédigé pour inviter le lecteur à rester en immersion dans les organisations. En effet, en vivant la vie d’un cadre de haut niveau qui a aussi d’autres obligations, son travail peut s’assimiler à un exploit pour certaines organisations. Il est donc possible. Mais, il n’est pas facile. Les organisations se doivent de le célébrer à sa juste valeur à l’aide d’indicateurs fiables.


3 Objectifs du Millénaire du Développement

Le pari des scientifiques

Ce livre est authentiquement scientifique aussi bien comme démarche de recherche que comme exécution d’un travail de recherche. Il pacifie la bataille des indicateurs. D’abord, il soulève une vraie question. Elle ne sera pas forcément bien pointée par tous, au début de la lecture. Mais, il traite précisément les déterminants [facteurs qui expliquent] du bien-être au travail en tant que tels. Il obéit ainsi à une démarche pas seulement analytique, mais surtout épistémologique. En d’autres termes, il apporte une précision sur la vision de la réalité qui peut soit être remise en cause ou alors construite. C’est ainsi que se structure la valeur de la connaissance créée sur le bien-être. C’est assez original parce que finalement, on ne se pose sérieusement, voire jamais les questions suivantes : Quelles sont les variables [facteurs] mobilisées ? Pourquoi on mobilise ces facteurs de bien-être et de la qualité de vie au travail ? Cette actualité du problème du bien-être au travail, cette articulation et cette anthropologie, sont une stimulation supplémentaire. Cet ouvrage stabilise la revue d’actualité du bien-être au travail qui est multidisciplinaire, qui intègre le rôle du management et qui déclenche une prise de conscience. Il explore ainsi le champ multidisciplinaire, il couvre l’étendue du rôle du management et enfin, il initie la prise de conscience des acteurs. De ce point de vue, il traite de la question sociale du bien-être au travail. Il présente l’actualité complète du problème. Il a le mérite d’articuler de plusieurs disciplines. Cette articulation repose sur un système de découpage précis. Ce n’est pas un découpage historique ou thématique qui est proposé ici. Mais, un découpage beaucoup plus fin. Il partage les choses entre le descriptif et le prescriptif, les niveaux de conceptualisation, les types d’acteurs et les types d’indicateurs qui permettent de rendre sa lecture vivante. En effet, avant d’être donné à lire, ce découpage invite déjà le lecteur à approfondir sa propre réflexion sur le bien-être. Ce dernier découvre ainsi des auteurs parfois oubliés ou des articles scientifiques tout à fait intéressants dans la pratique du management.

Le rôle du management est crucial parce que, déjà au siècle dernier, quand certains chercheurs disaient que les modes de gestion pouvaient être interpellés, leur point de vue restait marginal. La communauté scientifique n’était pas toujours d’accord puisque l’idée dominante était alors de blâmer les individus. D’autres chercheurs affirmaient que ce sont les individus qui ne s’adaptaient pas. Partant de ce postulat selon lequel, le personnel ne correspondait pas, il fallait changer les individus. On commence à bien voir que cette vision du monde était une simplification de la réalité. En définitive, c’est plus compliqué. Les citoyens commencent à comprendre pourquoi. Aujourd’hui, ce sont les managers qui sont interpellés. Quand on parle dorénavant de modes de gestion, il est question de mettre en lumière des pratiques [bonnes et moins bonnes] mises en place par les managers. Maintenant, un consensus semble s’ériger. On commence de plus en plus à comprendre les pratiques en cours, y compris pour la création de valeur dans les sphères du management. Cette prise de conscience peut s’expliquer par le fait de rappeler incessamment que le management est au cœur de cette question. C’est une des questions qui rebondit dans ce livre. Ainsi les institutions, universités et écoles de management et d’organisation, jouent un rôle extrêmement important de diffusion des bonnes pratiques. En effet, historiquement, il aura fallu beaucoup de temps pour que le management prenne conscience du fait qu’il était un élément clé de la gestion du bien-être au travail et de son articulation. Cette articulation passe par un processus de problématisation, une séquence de clarification et de choix de modes de croissance.

La présentation du bien-être au travail faite dans cet ouvrage, est professionnelle, en ce sens qu’elle problématise les questions qui intéressent les praticiens. Par exemple, la relation entre la satisfaction au travail et le bien-être au travail n’est pas une relation logique. Elle repose sur des sentiments bien distincts et demande à être interrogée pour être comprise. Ce seul exemple est d’autant plus intéressant que la plupart du temps, l’on confond, ou alors, l’on émet l’hypothèse que s’il y a une satisfaction par rapport au travail, alors on peut considérer qu’objectivement les gens sont bien au travail. Cet ouvrage dépasse le sens commun sur ce point et sur bien d’autres. C’est un espace de clarification. Il existe en effet, une pléiade de mots qu’on utilise parfois, à l’instar des expressions satisfaction au travail, stress au travail, humeur au travail et bien d’autres, parce qu’ils semblent similaires ou proches. Mais, l’on oublie que les mots ne sont pas neutres et qu’ils peuvent même être idéologiquement chargés. Donc cet ouvrage permet déjà de dépoussiérer et de préciser le concept de bien-être au travail. Ce sujet est tout à fait fondamental. Il est d’autant plus central qu’on voit bien qu’il est aujourd’hui, une des questions clés. Si l’on se projette dans le futur, la question est de savoir quelle sera l’évolution de la société dans les années à venir. En fait, les Etats sont dans une situation de choix de vie. Et c’est bien là toute l’articulation avec la problématique du développement durable. La question est donc de savoir si on doit continuer à croître comme on le fait aujourd’hui et par conséquent à privilégier des situations qui accroissent par exemple, en même temps, les richesses des organisations et les inégalités au sein des populations. Ces questions se posaient déjà, tout au long du siècle dernier. Mais, elles ressurgissent aujourd’hui de façon encore plus violente puisqu’elles sont articulées entre deux choses et que les constats sont sévères. Tout d’abord, il y a une inégalité socio-économique importante et un malaise croissant dû aux facteurs de mal-être au travail. Dans le même temps, on assiste à un mal-être quasiment environnemental autour de la planète et d’un certain nombre de phénomènes tels que le burn-out, les suicides ou encore la recrudescence des maladies cardiovasculaires dans des pays jusque-là a priori épargnés. Par conséquent, si les sociétés ne pensent pas à d’autres modes de développement et de travail, elles vont au-devant de problèmes très sérieux. On voit bien que le sujet du bien-être au travail est tout à fait pertinent. Tout le monde le constate, même si encore très peu de personnes passent à l’acte. Mais, il fallait le rappeler parce que c’est important, à la fois pour la pertinence sociale que pour la pertinence managériale. Le bien-être au travail est un méta problème, c’est-à-dire, un problème qui se nourrit d’une diversité de disciplines. On peut ainsi citer l’anthropologie vis-à-vis de la récurrence du sujet, de l’existence des exemples d’antan et des leçons à en tirer.

Cette récurrence du sujet a aussi une explication anthropologique. Elle était traitée sous plusieurs formes. On peut par exemple citer les recherches sur la production sociale de la maladie, présentées dès 1985 par Jean-François Chanlat. Ce sont donc des sujets récurrents. Mais, ce qui est intéressant, c’est de savoir pourquoi, ils reviennent. En fait, c’est parce qu’ils ont toujours été présents. L’intensité de cette récurrence est le résultat du croisement de la stabilité de leur présence et de l’instabilité de l’environnement dans lequel ils sont traités. D’autres exemples bien plus anciens peuvent être cités. Marx Weber qui est un maître pour bon nombre de personnes, avait déjà mené des études au début du 20e siècle. Il traitait de ces questions. Son objectif était de comprendre aussi l’état de la situation des ouvriers, des cadres en matière de bien-être au travail et de fatigue. Rédigeant en Allemand, il n’avait jamais été traduit à l’époque. L’on voit bien qu’à chaque fois dans l’histoire, dans la quête de modernité, la question du bien-être s’est toujours posée. Bien sûr, dans les dernières décennies, ce sujet a explosé avec la question, par exemple, du stress au travail en Europe ou des AVC [accidents vasculaires cérébraux] dans les pays pauvres. Il y a 40 ans il existait déjà des milliers d’articles sur ce sujet. Aujourd’hui, quand on recherche sur internet, l’on se rend compte qu’il existe de millions d’articles sur le sujet. Par conséquent, comprendre le bien-être au travail nécessite de disposer de grilles de lectures multidimensionnelles adaptées aux situations de vie. Cette compréhension articule la dimension économie-gestion, la dimension recherche et la dimension pratique. La diversité des points de vue et des dimensions du bien-être au travail se matérialise par la diversité des résonances vis-à-vis des thèmes traités. Quand l’on parle d’actif ici, les sociologues peuvent ne pas se retrouver. Ce terme est, la plupart du temps, entendu au sens de l’économie et de la gestion alors que, par exemple pour le sociologue Norbert Alter l’entend au sens de la sociologie. C’est ce qui enrichit le concept. Mais, il considère que c’est plutôt une bonne chose de faire apparaître ces dimensions quand on analyse le bien-être ou la qualité de vie au travail. Cet ouvrage articule les dimensions gestion/économie, d’une part, et les dimensions recherche, d’autre part.

De façon générale ce livre peut être une véritable thèse. Il apporte à la fois, une question, une démonstration, un système de validation et une conclusion pratico pratique. Par conséquent, c’est un travail de recherche qui est offert ici. Par ailleurs, le travail sur les petits nombres peut interroger quant aux analyses statistiques. Cependant, ce qui est interrogé ici, ce ne sont pas les valeurs absolues du bien-être, mais bien plus, ses valeurs relatives. Cette étude permet de préciser l’énigme qui émane de la situation du bien-être au travail. Ce livre se positionne dans une logique d’analyse qualitative et non dans une logique de la religion du chiffre. Par conséquent, ce qui permettra au citoyen de comprendre les observations de terrain et les entretiens, c’est l’énigme qui en émane plus qu’une description fondée statistiquement. Ce constat peut être rendu suite au niveau d’exigence méthodologique qui a présidé la rédaction de cet ouvrage. La partie méthodologique qui est donnée à lire en annexe peut inquiéter certains. En effet, les verbatim sont nombreux. Ce type d’approche et de séquencement peut surprendre. Mais, un choix a été fait ici de ne pas imposer au lecteur des passages compliqués parce que la méthode peut, elle aussi paraître à certains, rébarbative ou étouffante. La méthode est certes, dense car elle prend trop au sérieux la méthode en tant que telle pour mieux présenter la façon dont elle a permis de construire des résultats de recherche intéressants. Elle montre tous les moments, tous les éléments constitutifs du travail effectué et de la démarche. La partie validation de la recherche est dense. La parie managériale est intéressante parce qu’elle propose des solutions immédiatement opérationnelles. Les travaux d’autres personnes qui interviennent sur ces questions sont implicitement mobilisés par le biais de la littérature professionnelle, des revues, newsletters, de livres de colloques développés par des cabinets grands ou petits qui peuvent être critiquables. En réalité, ce livre fait part de la méthodologie et non de la méthode.

Il y a un très grand nombre de références théoriques qui sont mobilisées dans ce livre. Elles sont volontairement découpées de manières peu hiérarchisées. Elles sont placées de façon parfaitement égales, les unes par rapport aux autres. Même si, certains auteurs reviennent plus que les autres, le choix a été fait de laisser le lecteur hiérarchiser et de préciser son importance relative du bien-être au travail. Cela lui permettra de montrer que ses décisions sont supportées par des perspectives théoriques identifiées. Son mode de gestion sera ainsi, par exemple, bien plus dynamique. Il peut paraître pour certains inutiles de revenir sur ce que c’est qu’un entretien de recherche. Cela peut ne pas être nécessaire pour certains. Mais, en réalité il est très utile pour bon nombre de lecteurs de comprendre comment on construit des connaissances sur le bien-être. Ils passeraient potentiellement de la position d’observateur passif à celle d’acteur dynamique. En même temps, le lecteur peut, par exemple, découvrir ce qui est nommé le mouvement de recherche qui est formalisé ici. Il est d’autant plus utile qu’il montre la réalité de beaucoup de chercheurs. C’est bien la première fois que le mouvement de recherche est présenté sous la forme indiquée dans ce livre. L’analyse du contenu des entretiens est présentée in extenso, ce qui est assez rare. Cet ouvrage est un document qui a de la valeur parce que le lecteur voit le travail. Il voit bien comment le choix des variables permet de suivre l’entretien et de l’analyser. Par conséquent, la méthode appliquée ici n’est pas du tout critiquable si ce n’est par son excès. Ce livre indique les sources des éléments qui viennent de la littérature. Il établit une différence vis-à-vis des éléments qui viennent des entretiens. C’est ainsi que l’on peut citer la maison d’Edition Humanbet Editions en tant que lieu de discussions avec la communauté des chercheurs et des praticiens du bien-être au travail.

L’ensemble des données d’analyse utilisées dans ce livre provient des mesures faites sur le terrain. Les acteurs ont été impliqués. Ils ont précisé quelle était l’importance d’un facteur pour eux. Ils ont agi de deux manières : la mesure des occurrences de citation du bien-être et ensuite par un questionnement direct. L’on observe une corrélation significative entre le déclaratif [ce que disait l’acteur] et les occurrences relevées. Il est utile de noter que des interviews sur un sujet comme le bien-être ne sont pas neutres pour les acteurs. Certains ont pleuré en parlant de leur bien-être au travail. Il n’est pas toujours aisé de poser la question du bien-être de manière directe et frontale. En général, certaines personnes ignorent, elles-mêmes, leur propre situation. Dans ce cas, il a fallu multiplier les échanges. Cette multiplication du nombre de cas, et du nombre d’entreprises a vocation à consolider la connaissance du bien-être au travail. Le rôle de l’expert du bien-être au travail est primordial. Le modèle thermodynamique mobilisé ici est inédit en sciences humaines et en sciences de gestion. Ce modèle de régulation provenant de la thermodynamique vient enrichir la nature pluridisciplinaire du concept de bien-être au travail. Il peut surprendre certains, car il existe une œuvre sur la régulation avec notamment, les travaux de Jean Daniel Raynaud sur la théorie de la régulation sociale. Elle aurait peut-être autant apporté que la réflexion mobilisée ici à partir des travaux de Jean Louis Lemoigne ou d’Edgard Morin qui pourraient sembler, à certains égards, trop abstraits. Mais, ce choix de l’abstraction est une réponse au méta problème du bien-être et de la qualité de vie au travail, c’est-à-dire à un problème qu’on ne saurait aborder d’un seul point de vue. Ainsi, si quelques tableaux de synthèses auraient pu être présentés, de manière plus synthétique, en les regroupant, par exemple, sur une page ; en tant que spécialiste des variables, la décision a été d’en faire une source de données secondaires.

Le pari des dirigeants

La consolidation des résultats est faite de manière professionnelle. Elle est orientée vers l’aide à la décision. De ce fait, elle permet à toute personne indépendamment de son profil, de parvenir à des résultats convergents. Elle autorise à la fois une sanctuarisation plus élaborée des réflexions scientifiques et des réflexions d’émanation intuitive. Cette catégorisation faite des données a priori non structurées conserve le fil rouge de ce livre. Il en découle une explication du mode de raisonnement pour l’obtention des écarts entre les groupes de métiers et l’analyse des différences et similitudes entre des catégories d’entreprises. Ceci est dû à la qualité de l’étude empirique [de terrain] dont elle émerge mais aussi, à la nature mixte du mode de construction des facteurs de bien-être au travail. Ces facteurs qui proviennent des recherches menées par Humanbet, sont des apports significatifs du terrain. Après avoir fait un grand peignage de la littérature, ces thèmes n’y ont pas été retrouvés. Cela signifie qu’à considérer la littérature actuelle, sans tenir compte de la contribution de Humanbet, il manquera un certain nombre de thèmes. C’est justement le lieu d’ouvrir un débat avec la communauté des praticiens et d’exposer les apports de cet ouvrage aux assauts d’autres chercheurs pour continuer à avancer. C’est pour cette raison que Humanbet insiste sur la nécessité de créer des données pour continuer à agir sur l’enjeu du bien-être au travail. Ce livre mobilise diverses expériences. La question centrale traitée ici est nourrie par du vécu et affirmée par des phénomènes rencontrés. Le travail qui aboutit à l’édition de cet ouvrage est bien antérieur à sa rédaction. Il tire sa source de l’initiation d’une mesure du bien-être dans l’entreprise et des premiers balbutiements, des années plus tôt, de ce que peut représenter une mesure du bien-être au travail dans une entreprise. Cette expérience est partagée dans certains passages. Mais, au moment où ce livre entre en phase de rédaction, l’on ne se pose pas cette question. L’on agit de manière scientifique, dans le strict respect des canons de la recherche.

Les résultats exposés sont précisément des résultats par rapport aux déterminants [indicateurs avancés, facteurs, antécédents] du bien-être au travail. Quand on voit la façon dont ils sont présentés, ils sont intéressants pour des praticiens, des chercheurs, des étudiants, des particuliers et pour tout un ensemble d’acteurs. Ils permettent de comprendre par exemple pourquoi, lorsqu’on parle de la charge de travail, il faut se demander pour quelle raison elle peut être subie ou auto assignée ; pourquoi, la pression hiérarchique peut être formelle ou informelle ; pourquoi l’alignement des compétences sur la stratégie de la firme peut avoir des effets pervers ; la distinction entre l’équité réelle et l’équité perçue ; le détail des bénéfices non pécuniaires qui peuvent être pris ou octroyées ; la définition des bénéfices de marges de manœuvre, etc. Ce ne sont là que quelques illustrations. Il en résulte que la compréhension desdits déterminants du bien-être au travail permet aux acteurs, de poser la question sur le bien-être au travail de façon moins mécanique qu’elle est habituellement posée. Au passage, cet ouvrage montre bien les difficultés et les écueils de la hiérarchie de proximité en ce qui concerne le traitement du bien-être au travail qui devient de facto, une source de problème dans la solution apportée par le type de mesures des déterminants, la fréquence d’occurrence dans les verbatim et le codage particulier appliqué aux données récoltées au cœur des entreprises. Ainsi, ce livre donne à voir les cas extrêmes. Ils ont un impact immédiat sur la tendance centrale du bien-être en entreprise. Les facteurs de bien-être sont hiérarchisés. D’un point de vue scientifique et d’un point de vue pratique, ces facteurs ainsi présentés contribuent à l’optimisation de l’allocation des ressources des organisations. Le bien-être au travail est ainsi exposé à l’épreuve des faits, à travers la place accordée au participatif dans l’organisation, à la crédibilité des apports et aux champs d’application présentés ici dans le détail.

Le mode de gestion participative proposé se structure autour d’un dosage spécifique. Il neutralise des biais, c’est-à-dire les divergences de points de vue et rend plus lisible la forme de solidarité associée. Il est courant d’observer dans de nombreuses entreprises, la diminution de la solidarité au profit de l’individualisme. Mais, comment expliquer l’augmentation du travail en réseau. La question est de savoir si on peut travailler en réseau sans manifester sa solidarité ou encore, si on peut travailler de façon individualiste et utilitariste tout en souhaitant appartenir à des réseaux professionnels. Certains pourraient y voir une contradiction. En effet, l’étude qui aboutit à la rédaction de ce livre, montre qu’il est possible d’expérimenter cette situation en entreprise. Dans toute organisation, le tertius gaudens qui est un « passager clandestin », est capable de travailler dans le réseau tout en restant à l’écart. Pris de manière agrégée, le réseau finit par s’étioler si tout le monde ne manifeste pas sa solidarité. Mais, si seules quelques personnes ne manifestent pas leur solidarité, le réseau peut poursuivre son cycle de vie. La solidarité est une vision fondamentale qui interpelle les entreprises. En effet, pourquoi être solidaire ? Pour qui être solidaire ? Pour Moi ? Pour l’entreprise ? Pour mon patron ? Ce sont là autant de questions qui nécessitent un savant dosage de la part des acteurs. Dans le dispositif et les propositions de cet ouvrage, la place pour le participatif est affirmée. Sa présentation est faite de façon délibérée. Elle est donnée à voir au-delà du concept du travail. Une réponse à la question, « le participatif pour qui ? », est proposée au lecteur en filigrane. L’Empreinte bien-être présentée plus loin, dans ce livre est, d’un point de vue personnel ou d’un point de vue collectif, une solution participative. L’exemple suivant en est une illustration. Quand un salarié va voir son manager pour résoudre un problème, il n’est pas rare qu’il ressorte du bureau sans l’avoir résolu juste par une manipulation émanant de la posture de son patron. Ce dernier peut le conduire à oublier le problème pour lequel il était initialement venu. De ce point de vue, l’Empreinte bien-être devient un outil de dialogue. Ainsi, il pose des faits sur lesquels les deux interlocuteurs vont baser leurs échanges. Pour aller plus loin, elle peut à terme, devenir une preuve pour des institutions comme les Prud’hommes pour pouvoir démontrer les choses. La notion de participatif est bien présentée dans ce livre, mais, elle se doit d’être appropriée par lecteur. C’est ce qui bâtit la crédibilité de l’acteur.

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