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Montage et illustration : Knowdys Cameroun

Éditeur : BoD-Books on Demand GmbH,

12/14 rond point des Champs Élysées, 75008 Paris, France

Impression : BoD-Books on Demand GmbH, Norderstedt, Allemagne

ISBN : 978 -2-322-02160-4

Dépôt légal : Décembre 2015

DU MÊME AUTEUR
PUBLICATION

AFRO-RESPONSABILITÉ : LA CLÉ PERDUE DE L’ÉMERGENCE

Sommaire

Figure 1 Figure 1 Matrice de l’Emergence

Figure 2 «Afro» : Un mot atomisé

Figure 3 : Approches d’exercice de la Responsabilité

Figure 4 : Etoile des biais cognitifs des décideurs

Figure 5 : Cycle de vie de l’installation de l’Afro-responsabilité dans le processus d’émergence

Figure 6 : Table de Mixage de l’émergence

Figure 7 : Carte des parties prenantes de l’Afro-responsabilité

Figure 8 enquête par média sociaux

Figure 9 Articles ayant cité les termes «well-being» ou «wel- fare» Extraction Google scholars du 16 août 2010

Figure 10 Evolution des contributions contenant le mot «Bien-être»

Figure 11 Echantillonnage - Aléatoire des répondants

Tableau 1 Comparaison du volume d’articles contenant l’actif «Bien-être» versus l’actif «Immatériels»

AFRO-RESPONSABILITÉ : LA CLÉ PERDUE DE L’ÉMERGENCE

Préface

En attribuant le Prix Nobel d’économie à l’Anglo-Américain Angus Deaton, le 12 octobre 2015 à Stockholm, l’Académie royale des sciences suédoise ne se doutait pas qu’elle saluait également les travaux de Mathias Mondo sur le bien-être. Fruit de sa thèse de doctorat soutenue en 2014 à l’université Paris Dauphine, l’Afro-responsabilité place Mondo à l’avant-garde de la prise en compte du bien-être dans l’émergence économique des pays en développement.

Au moment où paraît cet ouvrage, il n’existe aucune définition consensuelle de l’expression « Économie émergente » dans la littérature scientifique. C’est la raison pour laquelle les analystes sont contraints d’observer une ‘émergence’ à conceptions diverses, et à visages multiples, sur le continent africain. Trois principales caractéristiques s’en dégagent toutefois. Pour qu’une économie soit dite ‘émergente’, d’après la pensée dominante, il faut que le discours qui l’accompagne respecte trois paramètres : (1) le descriptif qui rend compte du taux de croissance  (2) le prescriptif qui invite à la libéralisation des activités économiques  et (3) l’évolutif qui marque le passage d’une économie dirigée à une économie ouverte aux échanges internationaux. Mondo y ajoute une quatrième : le bien-être individuel des citoyens.

De la diversité de classements qui en découlent, sept dénominateurs communs apparaissent primordiaux : (i) une progression du commerce extérieur supérieure à celle des échanges internationaux  (ii) la hausse régulière du PIB et du revenu par habitant  (iii) la présence de capitaux étrangers placés sur une longue durée  (iv) la possession des entreprises de taille mondiale dans le pays  (v) une économie diversifiée qui ne repose pas seulement sur l’exportation de matières premières  (vii) une démographie capable de constituer une masse critique de consommateurs  et (vii) l’optimisme des jeunes dans un avenir meilleur. Ce dernier critère ouvre une brèche inattendue dans laquelle s’engouffre l’Afro-responsabilité de Mondo.

Mais l’émergence de l’Afrique ne procède pas uniquement à un rééquilibrage économique au niveau mondial. Elle induit également une nouvelle distribution des cartes sur les échiquiers géoéconomiques et géopolitiques. L’Afrique émergente occupera une place qui n’était pas vacante jusque-là… Elle se fera au détriment de certaines puissances parce que l’Afrique exigera, avec plus d’insistance, une meilleure représentativité au sein du système des Nations Unies et des autres institutions de coopération multilatérale. Parvenue à une taille critique, elle tendra inéluctablement à bouleverser l’ordre international si jalousement défendu par les vainqueurs de la grande guerre et les tenants de la superpuissance du PIB. Cet ouvrage montre que par l’Afro-responsabilité, l’Afrique est en mesure d’impulser une nouvelle gouvernance mondiale.

Il a fallu une décennie (2000-2010) pour que l’Afrique passe du statut de continent désespéré à celui de marché espéré. Dix ans de croissance à 5.5, en moyenne, durant lesquels le continent a absorbé les pandémies, déjoué les pronostics les plus pessimistes, et gonflé sa natalité malgré l’adversité. En Afrique, comme partout ailleurs, l’opérateur politique ou le dirigeant d’une entreprise ordinaire n’a qu’une seule responsabilité : maximiser les profits. Contrairement à Angus Dayton, son successeur, le prix Nobel Milton Friedman ne s’encombre pas de nuance à ce sujet : « l’unique responsabilité des actionnaires, dit-il, est de rémunérer les actionnaires. »

Alors que le continent noir fait figure de « nouvelle frontière de la croissance mondiale », ce livre propose une clé pour en faire un modèle exportable de bien-être au reste du monde. Les travaux de Mondo se situent également dans le sillage du nouveau discours de Bill Gates sur l’entreprise et le bien-être social. Le « Deaton africain » rêve ouvertement du jour où les acteurs économiques et politiques intégreront la justice sociale et le bonheur des consommateurs dans leur business plan, pour les premiers, et dans leur agenda politique, pour les seconds.

Il ne s’agit évidemment pas, pour l’auteur, de dire que les citoyens ont le monopole de la vertu et les décideurs celui du vice. Loin s’en faut. L’Afrique, qui a dû attendre 50 ans pour atteindre la puberté économique, est toujours en quête d’une croissance inclusive. Conscient que cette réalité est plus facile à décrier et à décrire qu’à faire décoller, Mondo se pose en gardien de la révolution par le bien-être. Il invite instamment les décideurs africains à désinstaller les programmes de gouvernance fondés sur les données macro et à descendre dans le quotidien des gens ordinaires pour trouver la clé du succès. L’auteur les invite à s’appuyer différemment sur différents facteurs de bien-être pour accéder à l’émergence véritable. Ainsi, lorsqu’en 2035, on leur demandera : « Avez-vous émergé ? », ils pourront répondre : « Nous sommes heureux ! »

Guy Gweth

Fondateur de Knowdys Consulting Group

Professeur Associé à l’Ecole Centrale de Paris

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Préambule

La genèse de cet essai matérialise le concept de sérendipité. La sérendipité est une découverte scientifique hasardeuse. Elle correspond à une apparition, par chance ou par sagacité, dans des circonstances bien souvent inattendues, de résultats pertinents que l’on ne cherchait pas. Elle donne en général l’occasion de développer une nouvelle théorie ou d’étendre une théorie existante.

Dakar, le 3 juillet 2010. Le professeur Abdoulaye Wade, alors chef de l’État du Sénégal me dédicace son ouvrage « Les Mathématiques de l’analyse économique moderne ». Il réalise que mes recherches portent sur le bien- être et me pose la question suivante : « Welfare à l’américaine ou bien-être à la française ? ». Je lui indique qu’il y a une fenêtre d’opportunité qui s’ouvre pour un bien-être à l’africaine. L’absence du continent africain dans l’interrogation de ce panafricaniste m’interpelle. Cet essai est le prolongement de ma réponse. À la croisée des chemins entre le capital de l’Afro-responsabilité et le capital immatériel, la finalité est une contribution à l’émergence des économies africaines.

Cet essai est une opportunité de promotion d’une vision alternative d’une Afrique fondamentalement volontariste. Il s’intègre dans une stratégie africaine d’intelligence économique et participe de l’e-réputation du continent, milite pour l’émergence de pays africains au banquet de l’économie mondiale. Ainsi, pour mieux comprendre la dynamique de développement en Afrique, l’on interpelle tout autant les Africains de la diaspora. C’est, en effet, pour eux, le moment d’investir en Afrique, mais bien plus encore, le moment de s’y investir. Il est moins un produit à vendre (en soi), mais bien plus, un outil (d’influence) faisant partie d’un modèle économique plus consistant d’une émergence durable des économies sur le continent africain. De ce point de vue, au delà d’une vision de court/moyen terme, du reste légitime, l’on s’ancre de manière sous- jacente, dans le lien qui existe entre l’activisme attendu d’un grand homme d’Etat et les performances économiques réelles de son pays. Ce lien est un facteur d’une émergence humanisée. L’on propose ici une voie à cet objectif d’émergence, chère à la majorité de pays africains.

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Introduction

« Je cherchais à faire le bien des gens malgré eux »

Cette phrase décrit la transformation au cœur du débat politique africain, qui interroge le long chemin d’une émergence protectrice du micro bien-être des populations. En tant que levier de l’émergence, le bien- être est un actif qui répond autant à la caractérisationi des actifs immatériels, proposée en 2010 par le professeur Ngobo qu’à la classification de Bonfour et Edvinsson en 2005, mise en exergue par le Dr Kanté en 20102.

Plusieurs auteurs s’intéressent au bien-être, mais très peu parviennent à le lier à l’émergence des pays africains. En 1985, un groupe de chercheurs américains, conduit par Diener, insiste sur la construction du bien-être. Durant la même année, le professeur d’économie et de philosophie, le Prix Nobel d’économie Amartya Sen, va plus loin en militant pour la maximisation du bien-être du citoyen. Dès 1997, en traitant de la dimension subjective de la qualité de la vie, le sociologue et professeur Néerlandais Ruut Veenhoven globalise ce thème à l’autel du bonheur. C’est en 1999 que Karren Danna et Ricky W. Griffin, deux spécialistes du comportement de l’individu au sein d’un groupe, traitent de différentes significations du bien-être. En 2003, le trio constitué du Japonais Shigehiro Oishi de l’université de Virginie et des Américains Richard E. Lucas du Michigan State University et Ed Diner qui enseigne la science du bien-être à l’université de l’Illinois, aux Etats-Unis, prône la valorisation du bien-être. En 2004, le professeur en management à l’ESSEC à Paris, Raymond-Alain Thiétart, sensibilise sur l’instabilité du bien-être. Ce n’est qu’en 2009 que le Lord et économiste britannique Richard Layard se saisit plus en détail de cette dimension économique en traitant du bien-être collectif. La même année, Gagné & Forest lui emboitent le pas et chiffrent la destruction de richesse expliquée par le seul bien-être au travail à 14 milliards de dollars au Canada3, entre 150iv et 300v milliards de dollars aux Etats-Unis, et 20 milliards d’euros en Europevi. Le bien- être des populations est, par conséquent, un levier de l’émergence des économies africaines. Particulièrement oublié par de nombreux auteurs, il s’érige en enjeu extrêmement important pour un continent comme l’Afrique.

Malgré les différents horizons temporels, ô combien ambitieux, des stratégies d’émergences en Afrique (Guinée équatoriale 2020  Gabon 2025  Congo Brazza 2025  Cameroun 2035...), le positionnement du bien-être des populations au cœur du débat politico économique ne fait pas consensus. Il se confronte au temps de réponse qui s’écoule entre une prescription de changement au niveau des décideurs politiques et la métamorphose réelle observée au quotidien par les populations.

Le défaut de maîtrise des déclencheurs originels et autre temps de réponse du bien-être des populations tend à refreiner les décideurs dans leur volonté de faire concomitamment évoluer les facteurs économiques de l’émergence et son volet social symbolisé par les conditions de vie de leurs concitoyens. Bien d’acteurs politiques identifient, en les surévaluant, les risques associés à la promotion même du bien-être de leurs administrés.

Ces décideurs ont cette tendance à surpondérer le coût d’opportunité de toute action qu’ils pourraient engager vis-à-vis du bien-être de la population. Cette prise en considération des pertes potentielles occasionnées par leurs décisions relatives aux processus d’émergence engagés par leurs pays respectifs comporte ainsi une dimension éthique. Un schisme a lieu alors entre une posture éthique basée sur le calcul rationnel et une approche éthique basée sur l’intime conviction du décideur politique. Cette césure marque la séparation entre l’homme politique techno-technocratique et l’homme politique-homme d’Etat, entre le décideur soucieux de son unique bien-être et le décideur soucieux du bien- être collectif.

Jusqu’à présent, les différents auteurs cités, céans ou ailleurs, ne prennent pas totalement en compte le contexte africain dans ses nombreux processus d’émergence. Bon nombre de modèles de décisions restent encore élaborés à partir de schémas mentaux occidentaux. D’après le natif camerounais Hyppolite Fofack, ancien économiste en chef à la Banque Mondiale, l’Afrique était encore le seul continent où les chômeurs ne percevaient pas d’allocations chômage et autres transferts activisme industrielspécifiques«le continent des mendiantsbargaining powerthink out of the box